Test Sony PMW-F3

Face à l’hégémonie de la Red et à l’EOS 5D Mark II, on se demandait combien de temps Sony allait mettre avant de réagir. C’est désormais fait avec la PMW-F3: capteur Super 35mm, montures PL, label CinéAlta Gold, bref elle à tout pour plaire !

Capteur

En quelques années, Sony à réussi à imposer l’EX3 comme la nouvelles référence en matière de caméra haute définition. Petit rappel: avec un capteur CMOS 1/2”, cette caméra enregistre en XDCAM EX, un format MPEG-2 Long GOP dont le débit varie entre 25 et 35 Mb/s. Mais Sony a compris qu’il fallait faire évoluer sa gamme avec un modèle grand capteur: ainsi naquit la PMW-F3. Ce n’est pas la première caméra de la firme nippone qui intègre un capteur Super 35mm: la F35 et la 900PL l’avaient déjà. Mais pas à ce prix: la F3 est la première caméra CinéAlta à capteur 35mm sous la barre des 20 000 $.

L’avantage d’un capteur CMOS Super 35mm est d’abord d’ordre esthétique. La profondeur de champs est très réduite, ce qui permet d’obtenir un rendu cinématographique. De plus, il offre une plage dynamique plus élevée, ce qui se traduit par plus de détails dans les basses et hautes lumières, une sensibilité accrue et un faible niveau de bruit. Afin d’évaluer les performances de la F3, j’ai effectué plusieurs tests comparatifs avec l’EX3. De jour, sur les plans large, l’image de la F3 se détache nettement par sa plus large plage dynamique, ce qui se remarque surtout dans les hautes lumières. Quand l’EX3 atteint la surexposition, la F3 offre encore une marge suffisante pour garantir de nombreux détails. Sur les plans larges avec un fort contraste la F3 offre aussi un meilleur piqué. Alors que le capteur de l’EX3 semble parfois inondé sur les zones de haute lumière ce qui donne un rendu un peu trop soft, l’image de la F3 reste parfaitement affûtée, même sur les zones limites surex.

Test de jour, en plan large, avec la F3. Les hautes lumières (chien) ne sont pas surex et l’image garde tout son piqué.

Test de jour, en plan large, avec l’EX3. Sur les close up, la différence est flagrante. La faible profondeur de champ du capteur Super 35 de la F3 donne véritablement du relief à l’image.

Test de jour, en close up, avec la F3.

Test de jour, en close up, avec l’EX3.

De nuit, la plus large plage dynamique de la F3 fait à nouveau la différence, surtout sur les éclairages qui surexposent beaucoup plus rapidement avec l’EX3. En ce qui concerne la sensibilité la F3 a un très léger avantage, mais la différence n’est pas flagrante, contrairement à ce que j’ai pu voir sur certains tests comparatifs en basse lumière. Dans les zones de basse lumière, il est vrai qu’on distingue encore un peu de détails sur les images tournées avec la F3 la ou l’image semble écrasée avec l’EX3. Par contre, la F3 a un très net avantage en ce qui concerne le niveau de bruit. J’utilise rarement le gain sur l’EX3 au delà de 6 dB, car avec cette valeur le bruit déjà est bien visible. Et même avec un gain de 18 dB, les images de la F3 sont très propres, et ceci sur un moniteur broadcast en 1080p ! Bref la F3 fait la différence sur ce test de nuit.

Test de nuit, en plan large, avec la F3. Le gain à 18 dB est à peine perceptible !

Test de nuit, en plan large, avec l’EX3.

Format d’enregistrement

La F3 peut enregistrer en HD (1080 et 720) et SD, en 24p, 25p, 30p, 50i ou 60i. On regrettera toutefois qu’elle ne puisse pas faire de 3K ou 4K comme la Red… ce qui est inhérent à la bande passante du format XDCAM EX. On peut enregistrer les rushes en interne sur les 2 cartes SxS en 4:2:0 8-bit, ou sortir un signal 4:2:2 10-bit via la sortie HD-SDI, que l’on relie ensuite à un enregistreur comme le Ki Pro mini de Aja ou le nanoFlash de Convergent Design. Et pour les gros appétits, notez que l’on peut aussi sortir du RGB 10-bit en dual link avec l’option CBK-RGB01 mais qui est payante (2 700 € HT). Elle active aussi les modes gamma S-log qui étendent la plage dynamique (Hélas cette option n’était pas activée sur notre caméra de prêt !). Dans un cas ou dans l’autre, les rushes XDCAM EX s’intègrent parfaitement avec les workflows de post production Avid, Adobe ou Apple. En plus des sorties HD-SDI, la F3 dispose notamment d’entrées et sorties Time Code, d’une entrée Genlock, d’une sortie HDMI, d’un port Firewire et USB.

Les entrées et sorties de la F3.

Optiques

Sony n’a pas fais les choses à moitié, en optant pour la monture PL. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Avantage, car on peut donc monter n’importe quelle optique cinéma 35mm. Inconvénient, car ces optiques sont chères et encombrantes. Voila le revers de la médaille pour une caméra à grand capteur ! Sony propose d’ailleurs un kit avec 3 optiques fixes 35mm, 50mm et 85mm. Lors du dernier NAB à Las Vegas a aussi été présenté 2 optiques zoom: une 11-16mm et une 18-252mm. Si j’ai pu tester la première, je n’ai vraiment pas été convaincu, la plage restant très limitée. Malheureusement la seconde en était encore au stade du R&D et présentée sous verre, mais un responsable nippon me confia que son prix publique avoisinerait les 20 000 $. Elle devait normalement sortir pour l’hiver prochain, mais c’était sans compter la catastrophe de Fukushima… En attendant il reste toujours la possibilité de trouver d’autres optiques à monture PL chez de nombreux fabricants (Angénieux, Zeiss, Cooke…).

La F3 avec l’optique fixe Sony 35mm.

L’optique zoom Sony SCL-Z18X140 18-252mm, présentée en Avril 2011 au NAB à Las Vegas.

Ergonomie

On pourrait dire que la F3 est la grande soeur de l’EX3, avec un capteur Super 35. On retrouve pratiquement la même ergonomie, mais avec l’impression d’avoir vraiment une caméra plus volumineuse entre les mains. Si les différentes commandes sont bien placées, on est toutefois quelque peu déconcerté par la façon de tenir la caméra: trop lourde pour une caméra de poing, trop courte pour une épaulière ! Il faut donc soit la mettre sur trépied, ou l’équiper d’un rig avec shoulder pad, matte box, follow focus… Bref on joue maintenant dans la cours des grands ! Bien sur, un tel équipement va à coup sur impressionner sur les tournages, mais c’est au détriment d’une certaine inertie.

Conclusion

La PMW-F3 se décline en 2 versions: la F3L sans optique (14 250 € HT) et la F3K avec un jeu de 3 optiques Sony (20 300 € HT). Cette caméra est une valeur sure, alliant une qualité d’image et un rendu cinématographique à la robustesse du format XDCAM EX. Si le prix du boitier est attractif, il ne faut pas oublier qu’une bonne optique peut facilement doubler ou tripler le budget initial. De plus, la F3 n’est pas faite pour tout le monde. Elle n’est pas adaptée là ou la réactivité est de rigueur (reportage, documentaire…) mais se destine plus à des tournages posés (pub, clip, fictions…).

© 2011 Stéphane Nicolle-Xplorer studio